Olivia
Fin du XIXe siècle, dans une pension de jeunes filles près de Fontainebleau. Mademoiselle Julie (Edwige Feuillère) et Mademoiselle Cara (Simone Simon) sont les directrices de l’établissement. Depuis quelque temps, l’harmonie ne règne plus et la pension est divisée entre deux clans. Une nouvelle venue, Olivia (Marie-Claire Olivia), se rallie à Mademoiselle Julie, objet de tous les désirs, et lui voue amour et admiration.
Pourquoi il faut le (re)voir : Jacqueline Audry se saisit du sous-genre du "film de pensionnat" pour en faire une utopie lesbienne absolue. Olivia se déploie dans un territoire cinématographique rare, à la lisière de l’érotisme, au sein d'un univers dont les hommes sont absents. Nous sommes en 1951, et tandis que l’Amérique s’étouffe sous les verrous pudibonds du code Hays, la réalisatrice française signe une œuvre d’une modernité foudroyante, où tout passe par le regard (féminin, forcément).
Romain Burrel
Ce titre fait partie du Ciné-Club des Fiertés proposé par l'ADRC.
Audry pense la chair. Chez elle, tout passe par le corps, le geste, la posture ‒ puis l'objet qui s'en va relier ce corps au décor. Telle qu'on la perçoit dans Olivia, la direction d'actrice est pour la cinéaste une direction physique (qui peut aller jusqu'au malaise, par exemple pour le vomissement de l'adolescente face au cadavre). La tragédienne Edwige Feuillère, qu'on a connue souvent guindée, lutte ici contre ses élans sensuels et, parfois, abdique, avec une franchise qui laisse pantois : une épaule nue furieusement embrassée, une paupière choyée, une taille presque étreinte, un menton caressé, une main donnée puis reprise.
Philippe Roger