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Un monde d'émotions

Les ateliers d’initiation de la Cinémathèque française proposent, autour d’un motif ou d’une question donnée, une mise en relation d’extraits de films, issus de l’histoire du cinéma, des origines à nos jours.

Ces extraits de films sont projetés en salle de cinéma et animés par un conférencier qui invite les enfants à réagir à ce qu’ils viennent de voir. Il les incite par le questionnement à découvrir comment les sensations et émotions qu’ils ressentent sont provoquées par une organisation singulière des images et des sons propre à l’art cinématographique. La mise en relation des différents extraits permet, en pointant les similitudes, les différences et les variations entre chaque film, d’approcher la notion de mise en scène. Ce parcours à travers les films participe aussi à la construction d’une culture cinématographique.

LE CINÉMA : UN MONDE D’ÉMOTIONS

Joie, colère, tristesse… Un atelier pour partir à la découverte des émotions des personnages d’enfants dans les films et pour comprendre comment au cinéma, choix du cadre, jeu d’acteur, mise en scène des corps dans l’espace, mouvement de caméra permettent de créer ces émotions fortes et de les transmettre au spectateur.

« L’écran est un support magique. Il a tellement de force qu’il peut retenir l’attention en transmettant des émotions et des humeurs telles qu’aucune autre forme d’art ne puisse lutter. »
Stanley Kubrick

LE CINÉMA, UN ART DE L’ÉMOTION

En sortant de la salle de cinéma, qu’emportons-nous d’un film ? Parfois, tandis que le générique de fin défile, le film entier se rassemble dans notre tête et dépose en nous une émotion forte et diffuse qui nous laisse sans voix. Parfois aussi, c’est le souvenir de moments précis qui nous ont émus, effrayés, surpris, amusés, qui va l’emporter. Si on cherche à comprendre les raisons de notre émotion, on observe qu’un film est composé de séquences, elles-mêmes constituées d’unités plus petites, les plans, dont le contenu et/ou l’agencement cherchent à créer ou favoriser un certain type de sensations.

Serge Daney, dans son Ciné Journal, a une formule étrange et inspirante pour définir l’émotion de cinéma : « C’est le mouvement de caméra à l’envers, celui qui passe dans le corps du spectateur, que l’on peut appeler « émotion » ». Comme si le film engendrait une forme de mouvement qui en se retournant viendrait faire bouger quelque chose à l’intérieur du corps du spectateur.

L’ACTEUR ET LA QUESTION DE L’IDENTIFICATION

L’acteur est celui qui incarne à l’écran les émotions du personnage. Il est ainsi le prisme essentiel par lequel l’empathie avec le personnage va pouvoir exister. Aux premiers temps du cinéma, les films proposés au public, par exemple ceux de Georges Méliès en France, privilégient les plans larges et statiques englobant la totalité de l’action et mettant en scène des acteurs qui montrent qu’ils se savent regardés : apartés et clins d’oeil complices au spectateur. Le public est donc face à une action à laquelle il demeure extérieur.

C’est le cinéma américain, avec les films de David W. Griffith notamment, qui, jouant sur la variation de l’échelle des plans et les raccords de regards, va offrir aux spectateurs la possibilité de s’identifier aux personnages et de participer pleinement à l’histoire contée. Le gros plan en particulier, en permettant de lire les expressions et de deviner les émotions des personnages, devient un outil essentiel de l’identification et du partage des émotions de cinéma avec les spectateurs.

Pour autant, un plan large peut lui aussi véhiculer une émotion forte. Dans Paris Texas, l’émotion surgit en plan très large lors des retrouvailles du père et du fils. Après une subtile tactique d’approche, le père et l’enfant marchent enfin côte à côte vers le soleil, ce sont deux silhouettes hiératiques qui s’éloignent dans la profondeur, et ce plan très large porte en lui l’émotion joyeuse mais aussi délicate et timide de ce moment d’intimité.

L’impassibilité de l’acteur et du personnage peut a contrario être aussi source d’émotions chez le spectateur. Dans L’Eté de Kikujiro, le visage de Masao -et de son interprète Yusuke Sekiguchi- ne livre que très peu d’émotions et c’est bien plus par les postures du corps : tête souvent baissée, épaules rentrées, genoux en dedans… que l’on perçoit les soubresauts émotifs du personnage, contenus avec une pudeur bouleversante par le jeune acteur. Après le choc de la prise de conscience, on ne verra ainsi pas le visage ruiné par les larmes, mais le dos rond du petit corps légèrement hoquetant s’éloignant lentement dans la profondeur de champ.

Au-delà de l’échelle des plans et de la direction d’acteur, le cinéaste réfléchit avec son équipe (chef opérateur, premier assistant, ingénieur du son, scripte…) à un certain nombre de choix de mise en scène : filmer la séquence selon différents axes et/ou points de vues, avec peu ou de nombreux plans, faire bouger la caméra /la laisser immobile… Ces paramètres contribuent eux aussi à la transmission des émotions.

LES ÉMOTIONS, ÇA FAIT GRANDIR

A l’instar des contes de fées, les films nous proposent de vivre des expériences marquantes et riches en émotions, qui débordent bien souvent notre expérience quotidienne.

Ressentir ces émotions dans le cadre protégé du cinéma, entouré par d’autres, c’est se donner la possibilité de découvrir les émotions qui nous habitent, de les domestiquer pour ne pas se faire submerger par elles. C’est donc, pour les enfants notamment mais pas seulement, quelque chose de précieux et d’absolument essentiel. Comme le rappelle Tim Burton : « Je me souviens être allé à une projection de Pinocchio il y a quelques années. Quand la baleine est apparue sur l’écran, quelques gosses ont eu la frousse, mais surtout tous les parents, au point de sortir en emmenant les enfants. Ce film m’avait fait un gros effet, lorsque j’étais petit. Ce sont des expériences décisives, dans une vie. Et si on empêche les enfants de voir la moindre image négative, à quoi les prépare-t-on dans la vie ? Surtout si on les empêche de voir des choses négatives dans des oeuvres d’imagination ! J’ai toujours été convaincu que tout cela prépare les enfants à affronter l’existence d’une manière plus douce. Et l’imaginaire peut être très sain, dès lors qu’il est fondé sur certaines réalités psychologiques. »

La Cinémathèque française 


BIBLIOGRAPHIE

  • Enfance et cinéma : d’Antoine à Zazie, éd. Actes Sud / La Cinémathèque française, 2017.
  • L’Hypothèse cinéma: petit traité de transmission du cinéma à l’école et ailleurs, Alain Bergala, éd. Les Cahiers du cinéma, 2006.

L’atelier "Le cinéma : un monde d’émotions" créé par le département de l'action éducative de La Cinémathèque française est proposé par l’ADRC à ses adhérents à des conditions spécialement aménagées.

Contacts
Rodolphe Lerambert 
Anne Rioche 
patrimoine@adrc-asso.org
Tél : 01 56 89 20 30

Fiche de présentation et cahier des charges