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Georg Wilhelm Pabst

Un maître du cinéma allemand

Cher Monsieur Pabst,

Je me permets de vous écrire, avec le recul de cette année 2019. Une chose est sûre : Loulou (1929) demeure aujourd’hui votre oeuvre la plus connue avec Louise Brooks, star que vous avez su imposer comme Greta Garbo dans La Rue sans joie (1925), Brigitte Helm dans L’Amour de Jeanne Ney (1927) et L’Atlantide (1932).

Votre existence est embrasée par les contradictions politiques du 20e siècle. Les circonstances de votre internement en France, pendant la Première Guerre mondiale, votre engagement social dans votre art sous la République de Weimar, qui se poursuit pendant la défl agration des années trente, avant que vous ne commettiez l’incompréhensible collaboration avec le IIIe Reich, offrent une matière biographique d’une grande ampleur romanesque. L’énigme de votre compromission est loin de l’amitié solaire que vous avez entretenue avec Louise Brooks. Souvent en décalage avec votre temps ou trop en avance sur celui-ci, vous avez dû composer de multiple fois avec la censure. Vos films des années vingt sondent les rapports sociaux : vous prenez parti pour les pauvres, la paix, à travers La Rue sans joie, L’Amour de Jeanne Ney. Vous explorez aussi l’inconscient dans Les Mystères d’une âme (1926) avant de le ramener à la surface avec une nouvelle objectivité érotique dans vos deux chefs-d’oeuvre du muet que sont Loulou et Journal d’une fille perdue.

Avec le passage au parlant, vous adoptez une vision collective. Vous choisissez le genre du film de guerre pour élaborer votre première réalisation de l’ère du parlant. Quatre de l’infanterie (1930) sidère par l’ambiance des combats de la Première Guerre mondiale. La bande son vous permet d’ouvrir l’espace, d’appréhender avec une objectivité encore plus grande le monde urbain de L’Opéra de quat’sous (1931) et celui de la mine dans La Tragédie de la mine (1931). Travaillant entre l’Allemagne, la France et les États-Unis au cours des années trente, votre inspiration cinématographique semble marquer le pas après Un héros moderne (1934). Par un malheureux aveu de faiblesse, vous acceptez donc l’irréparable collaboration avec le IIIe Reich réalisant Les Comédiens (1941), Paracelse (1943), Le Cas Molander (1945). Puis vous tentez de revenir en grâce. Vous ne retrouverez jamais cette grandeur artistique des années vingt, mais vous réaliserez des films d’importance durant cette période de rachat, dont Le Procès (1948) et La Fin d’Hitler (1955).

Avec toute ma considération.

Pierre Eisenreich

« Correspondance imaginaire » par Pierre Eisenreich
à retrouver dans le livret du coffret DVD édité par Tamasa.

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